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Interstellar

Un an après le sublime Gravity, Christopher Nolan relève le défi du space opera pour adultes, à savoir avec une action réduite au minimum et une dimension philosophique assumée. Et prend le risque de se frotter au fantôme de Kubrick.

Tu n’es que poussière

Et si, finalement, la vision la plus marquante de cet Interstellar était cette monstrueuse tempête de poussière qui engloutit périodiquement un village, ses habitants et ses pauvres champs de maïs desséché ? Il n’est pas question de trou de ver ou de trou noir dans ces séquences d’un monde au bord de l’extinction, mais c’est pourtant bien ce qui nous attend à très court terme, l’espace d’une ou deux générations, trois au maximum.

JPEG - 54.5 koCette longue partie introductive, Nolan la traite à la manière de Spielberg (qui devait d’ailleurs réaliser le film initialement), collé à ses personnages et à leur environnement d’Amérique profonde. Mais justement, ce n’est pas Spielberg, et Cooper, le fermier interprété par Matthew Mc Conaughey est en fait un pilote de chasse cloué au sol suite à un accident d’avion. Et sa fille est un enfant surdoué qui affirme être visitée par des fantômes...

La Terre est condamnée à court terme et pour survivre, l’espèce humaine n’a plus le choix : il ne lui reste plus qu’à coloniser un hypothétique nouveau monde. Cooper sera chargé de conduire un vaisseau exploratoire pour ce qui s’apparente à un voyage sans retour. Car les distances à franchir sont telles qu’elles vont bousculer les frontières temporelles d’une vie humaine. C’est le prix — immense et terrifiant — à payer pour qui veut franchir un trou de ver (un raccourci dans l’espace) et s’approcher d’un trou noir monstrueux et sublime.

Le défi de Christopher Nolan, il est donc là : mettre en images des abstractions qui défient les lois de la physiqu. Et montrer ce que l’on ressent sans jamais le voir : le temps qui chasse chaque génération pour laisser la place à la suivante. Sauf bien sûr que dans l’espace, ça ne se passe pas comme ça, Einstein l’a démontré il y a longtemps. Et quand une heure sur une planète lointaine vaut sept ans sur Terre, la reprise de contact de Cooper et de sa fille est potentiellement ravageuse.

C’est une des plus poignantes scènes du film, qui comme celles du début, ne nécessite aucun effet spécial. Juste deux enfants qui parlent à leur père par écran interposé, un père qui ne peut répondre mais qui prend en pleine tête les années perdues. Il n’est déjà pas facile de voir sa progéniture grandir au fil des saisons, alors imaginez un peu...

Interstellar est aussi impressionnant en ce sens qu’il restitue physiquement (par le surround) la pression exercée par les forces de la nature sur les fragiles constructions humaines : vent déchaîné, vagues monstrueuses, dérèglement total des instruments de bord des vaisseaux spatiaux, rien ne sera épargné à Cooper et ses compagnons. Tout juste pourra-t-on regretter que rien ne soit dit sur les raisons qui ont entraîné un tel désastre.

Visuellement, le film de Nolan rappelle évidemment, dans sa dernière demi-heure, le 2001 de Kubrick, mais il est moins réussi que Gravity dans le dépouillement extrême et rend moins la sensation d’isolement et d’éloignement. Disons que si Gravity excelle dans la représentation de la dimension spatiale (les distances, les repères chamboulés), Interstellar se distingue dans la description du temps, avec une scène tout à fait perturbante (et plutôt réussie) dans la dernière partie. Rien que pour ça, il vaut le détour.

 

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