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Un SMID en plus du SMIC

Après le salaire minimum, pourquoi pas un salaire maximum ? C’est la réflexion iconoclaste que lance Sophie Divry dans le numéro de février de La décroissance, reprenant une proposition du collectif Richesse composé de plusieurs associations dont Attac, Emmaüs ou le Secours catholique. Sachant qu’en France, les écarts de revenus ne font que croître (de 1 à 4000 entre un rmiste et le pdg de Dassault), une limitation de cette inflation obscène semble relever de la plus élémentaire justice sociale. S’il y a bien quelque chose qui peut décroître, c’est bien ça !

Il faut croire pourtant que pour les élus de l’actuelle majorité, habitués à distribuer des cadeaux fiscaux d’une main et à déchirer le code du travail de l’autre, c’est déjà trop. La (modeste) proposition parlementaire obligeant les actionnaires à fixer l’écart entre les plus bas et les plus hauts salaires est ainsi passée à la trappe.

Pourtant, selon une enquête de l’économiste Thomas Piketty, les Français admettraient sans problème une échelle de salaires allant de un à cinq, même ceux qui sont plus près de un que de cinq. Ce qui en dit long, au passage, sur l’intégration de l’inégalité des revenus...

Pour Sophie Divry, cette échelle [1] est encore trop grande. Elle va plus loin et s’interroge sur le niveau que pourrait atteindre un SMID, salaire maximum interprofessionnel de décroissance : 1500 euros ? 2000 euros ? Dans ce cas, comme le dit Patrick Viveret, on ne parle plus de « pouvoir d’achat » mais de « revenu suffisant ». Ce qui ne serait viable, évidemment, que dans un modèle social bien différent du nôtre : développement massif des transports collectifs, relocalisation de l’économie, diminution du coût du logement... On en est bien loin. Mais il n’est pas interdit d’y réfléchir.

[1très proche de l’écart moyen entre les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches, soit 4,3

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