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Finalement...

Il est toujours aussi difficile de faire sa place dans le club ultra fermé des finalistes mondiaux. France-Italie, finale inédite, ne marque pas de vraie rupture avec les éditions précédentes, même si elle écarte Brésiliens et Allemands de la dernière marche.

Petit calcul de mathématiques façon cahier de vacances CE1-CE2. Sachant que dimanche se jouera la dix-huitième finale de la Coupe du monde, combien d’équipes différentes auraient pu y participer ? Trente-six au maximum. Et au minimum ? Deux. Le chiffre exact - onze - est plus proche du plancher que du plafond, preuve qu’en football, s’il n’y a plus de petites équipes, les grandes ne sont pas disposées à laisser leur place. Le Portugal a payé cher pour l’apprendre.

Exclusivité

Quand on détaille l’histoire de ces finales, de Montevideo à Berlin en passant par Rome, Paris, Stockholm, Mexico, Rio, Santiago, Londres, Madrid, Mexico ou Yokohama, ce qui frappe tout d’abord, c’est l’aspect élitiste de la chose : sept vainqueurs (Brésil, Allemagne, Italie, Argentine, Uruguay, France et Angleterre), ce qui est bien peu, pour quatre finalistes seulement (Suède, Pays-Bas, Hongrie, Tchécoslovaquie).

Les inamovibles sur le toit du monde, ce sont bien sûr les Allemands et les Brésiliens. Sept finales chacun, et, bizarrement, une seule jouée l’un contre l’autre, en 2002 au Japon. Autrement dit, sur dix-huit finales, il n’y en a eu que cinq sans les uns ni les autres. Et encore, sur ces cinq, on compte les trois premières d’avant-guerre, à l’époque où le tournoi final se jouait en petit comité, sur invitation ou presque. Depuis 1950, deux finales (sur quinze !) se sont passées de la Seleçao et de la Nationalmannschaft : la première, c’était en 1978 à Buenos-Aires (Argentine-Pays Bas). Et la deuxième... c’est dimanche, à Berlin.

Car si les trajectoires de la France et de l’Italie se sont croisées souvent (1938, 1978, 1986, 1998), c’est la première fois à ce niveau, du moins à l’échelon mondial. Personne, en effet, n’a oublié la renversante finale de l’Euro 2000 à Rotterdam, celle où les cousins transalpins ont appris, selon la légende, à reboucher les bouteilles de champagne.

Histoire européenne

La seule vraie surprise de ce dernier match du mondial 2006, c’est donc bien de ne pas y retrouver Allemands et Brésiliens. La France a interrompu à Hanovre la deuxième période faste de l’histoire auriverde (94-2002, après 58-70) alors que l’Italie a ruiné à Dortmund les espoirs germaniques d’une amorce de deuxième âge d’or (après l’époque 74-90).

Encore une fois, on aura droit à une finale européenne, la septième de l’histoire (contre deux finales sud-américaines et neuf finales mixtes). L’Italie a gagné ses trois Coupes du monde contre un autre européen (Tchécoslovaquie en 34, Hongrie en 38, Allemagne en 82) et en a perdu deux contre le Brésil. Il faut dire que lors des neuf confrontations Vieux continent versus Amérique latine, cette dernière l’a emporté sept fois. Mais les deux défaites se sont produites dans une période très récente (Argentine en 1990 et Brésil en 1998), ce qui peut ressembler à un rééquilibrage des forces...

2006 n’aura donc pas été l’année de la rupture, comme nous l’espérions il y a un an (Cahiers #17, juin 2005). Les Asiatiques, très décevants, ne sont pas sortis du premier tour, et le contingent africain n’a laissé sa chance qu’à un valeureux Ghana. Mexicains et Etats-uniens ont fait leur possible pour démontrer l’inanité du classement FIFA. Et les prétendants européens (hollandais, tchèques, espagnols et portugais) sont repartis la valise pleine de regrets. Rendez-vous est pris pour 2010, à Johannesburg.

Dernier livre paru

A paraître le 25 octobre